Une fausse équation : maladie = manque de foi
Il est répandu dans le monde évangélique une croyance selon laquelle, si tu as une maladie grave — comme un cancer — c’est simplement parce que tu n’as pas assez de foi ou parce que, entre guillemets, ta vie n’est pas suffisamment alignée avec la volonté de Dieu. Selon cette logique, un vrai croyant ne devrait pas être malade, ne devrait pas être pauvre et, surtout, une maladie grave serait presque impensable.
En me basant sur ce que je connais de l’Écriture, je ne suis pas d’accord avec ce raisonnement.
Oui, Yeshoua a dit : demandez et l’on vous donnera. Il a dit que si vous avez la foi, vous déplacerez les montagnes. Mais nous ne pouvons pas décontextualiser ces paroles, ni éliminer tout le reste de ce que l’Écriture affirme.
L’absence d’un miracle n’équivaut pas à un manque de foi. Et l’Écriture le montre avec une grande clarté.
Paul et « l’écharde dans la chair »
Paul est souvent l’exemple le plus cité, mais il est loin d’être le seul.
Dans 2 Corinthiens 12.7–9, il parle de « l’écharde dans la chair ». Il dit avoir prié le Seigneur trois fois afin qu’elle s’éloigne de lui, mais la réponse a été :
« Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. »
Paul avait la foi. Paul voyait des miracles. Paul ressuscitait des morts. Et pourtant, il n’est pas guéri. Non par manque de foi, mais parce qu’il existe un dessein plus profond de Dieu qui, dans ce cas, passait par la faiblesse.
Timothée, Trophime et Épaphrodite
Dans 1 Timothée 5.23, Paul écrit :
« Ne continue pas à boire seulement de l’eau, mais prends un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions. »
Si la guérison était automatique avec la foi, Paul aurait simplement dit : « Sois guéri au nom du Seigneur. » Au contraire, il reconnaît une fragilité physique persistante.
Dans 2 Timothée 4.20, il écrit :
« J’ai laissé Trophime malade à Milet. »
Paul, l’apôtre des miracles, laisse un collaborateur malade. Aucune accusation de manque de foi. Aucun reproche spirituel.
Dans Philippiens 2.25–27, nous lisons qu’Épaphrodite tomba gravement malade, au point de frôler la mort. Le texte dit que Dieu lui fit miséricorde, mais il ne présente pas la maladie comme une faute ou un manque de foi.
Job et l’aveugle-né : la souffrance n’est pas une faute
Job est peut-être l’exemple le plus clair lorsqu’il est question de souffrance et de foi. Avant même que l’épreuve ne commence, Dieu lui-même le définit comme « intègre et droit ». Pourtant, il perd ses enfants, il perd ses biens, il perd sa santé. Non parce qu’il lui manquait la foi, non parce qu’il y avait un péché caché, mais parce que sa vie devient le lieu où se manifeste quelque chose de plus grand. Cela seul devrait suffire à démonter l’idée que la souffrance serait automatiquement le résultat de l’incrédulité. La souffrance n’est pas toujours la conséquence d’un péché ou d’un manque de foi.
Le même schéma mental réapparaît dans le Nouveau Testament. Dans Jean, au chapitre 9, nous lisons l’histoire de l’homme né aveugle. Les disciples demandent à Yeshoua :
« Maître, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
C’est une question qui part d’un présupposé précis : s’il y a une condition de souffrance, il doit y avoir une faute. C’est la même équation que beaucoup font encore aujourd’hui.
Mais Yeshoua répond en brisant ce raisonnement à la racine :
« Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché, mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. »
L’Écriture nous révèle des détails qui, à première vue, semblent insignifiants. Pourtant, rien n’est laissé au hasard : chaque mot, chaque geste porte en lui une signification profonde (Matthieu 5.18).
Yeshoua prend de la terre, y crache et, avec ce mélange de salive et d’argile, oint les yeux de l’homme (Jean 9.6). Pourquoi précisément ce geste ?
L’Écriture dit que l’homme a été formé de la poussière de la terre (Genèse 2.7), façonné comme de l’argile entre les mains du potier (Jérémie 18.6). Ce jour-là, Yeshoua accomplit un geste qui rappelle la création elle-même : il prend la terre et achève ce qui, par volonté divine, était resté inachevé. Non parce qu’il manquait quelque chose à Dieu, mais afin que Sa gloire soit manifestée au temps fixé (Romains 9.22–23).
Par ce geste, il ne fait pas que guérir un aveugle. Il déclare qui Il est : Celui en qui toutes choses ont été créées, par qui tout a été fait et pour qui tout existe (Colossiens 1.16).
Le but des miracles
Les miracles dans l’Écriture avaient un but précis : manifester la gloire de Dieu et révéler le Messie. Les œuvres puissantes de Yeshoua et des apôtres étaient des signes qui confirmaient le message et aidaient à la conversion.
Je ne nie pas que Dieu puisse encore guérir. Mais ces signes avaient une fonction révélatrice : attester qui était le Messie et confirmer l’autorité apostolique. Aujourd’hui, le Messie est connu et l’Évangile est annoncé. Les miracles peuvent encore avoir lieu, mais ils ne sont plus le moyen principal par lequel Dieu touche les personnes.
Le cœur : le salut de l’âme
Le centre n’est pas le corps, mais l’âme. Dieu n’est pas venu principalement pour sauver notre corps, mais pour sauver notre âme.
Si la guérison a lieu, c’est pour sa gloire. Si elle n’a pas lieu, c’est toujours pour sa gloire. S’il intervient, c’est pour notre bien. S’il n’intervient pas, c’est également pour notre bien.
Même dans la maladie, nous pouvons rester fidèles, comme Job. Même dans la faiblesse, nous pouvons glorifier Dieu, comme Paul lorsqu’il écrit:
« Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. »
La foi n’est pas un levier pour contraindre Dieu à agir, mais une relation de confiance qui demeure ferme même lorsque le miracle n’arrive pas.

